Ce qu’on a semé, ce qu’on a construit, ce qu’on n’avait pas prévu, un point d’étape sur notre première saison.
Préparer la terre avant de planter
Tout a commencé à l’automne dernier, avec la préparation des rangs de plantation.

Le sol de notre champ est plutôt sableux, léger, bien drainant, mais pauvre en matière organique. Avant d’y mettre quoi que ce soit, il fallait l’amender. Nous avons travaillé avec ce que nos voisins et la forêt pouvaient nous offrir : du crottin de cheval, des feuilles mortes, du foin.
Rien de chimique, rien d’acheté en sac. Le sol s’est nourri lentement, comme il aime.
C’est un travail invisible, ingrat par certains côtés, on ne voit pas le résultat tout de suite. Mais c’est de là que tout part. Une bonne terre, ça se prépare avant même de penser à la graine.
Les semis de février et mars

Puis est venu le temps des semis. Entre février et mars, nous avons lancé nos premières plantations : guimauve, mauve, verveine, artichaut, achillée millefeuille, camomille, romarin, sauge, lavande…
Chaque espèce a son caractère. Ses exigences de température, d’humidité, de lumière. Certaines germent vite et franchement, on les voit pointer en quelques jours, déjà décidées. D’autres prennent leur temps, font attendre, et finissent par sortir timidement.
Observer les premières pousses apparaître reste quelque chose de magique.
On a beau savoir que c’est de la biologie, que ça devait arriver, il y a toujours une émotion particulière à voir une graine sortir de terre, comme une naissance, une petit bébé. Un soulagement, aussi. Chaque plateau de semis est une petite promesse et quand elle est tenue, on ne s’en lasse pas, on la bichonne, et elle grandit tranquillement.
Léo, Jack, Brun, Lisa, et le reste

Il faut vous parler de nos animaux.
L’association Isao a servi de refuge pour des bêtes que leurs propriétaires ne pouvaient plus garder. Quatre animaux vivent ainsi sur le terrain en liberté : deux chèvres, Jack et Brun, un bouc, Léo, et une brebis, Lisa. Ils sont arrivés progressivement, chacun avec sa personnalité, et se sont installés dans le paysage comme s’ils avaient toujours été là.
Ils y vivent aujourd’hui tous les quatre et sont inséparables.
Au printemps, nous leur avions construit un grand enclos dans le champ. Bien pensé, bien construit, avec une cabane et des jeux. Mais l’été est arrivé avec sa chaleur, et l’enclos du champ devenait étouffant. Nous avons donc installé un deuxième enclos dans la forêt, à l’ombre. La transhumance des bêtes de l’enclos d’été à l’enclos d’hiver était un événement, une petite procession à travers le terrain, menée avec beaucoup de dignité par des animaux qui n’en faisaient qu’à leur tête.
Sauf que Léo, le bouc, s’est rapidement senti à l’étroit dans le nouvel enclos. Léo est un bouc qui a des opinions très arrêtées sur sa liberté de mouvement. Il a ouvert l’enclos de la forêt. Puis, dans la foulée et par principe, celui du champ aussi. Depuis, les quatre se baladent en liberté sur l’ensemble du terrain, vont boire à l’étang quand ils ont soif, et reviennent dormir où bon leur semble.
Nous avons d’abord pensé remettre les enclos en état pour les y replacer. Mais les animaux s’étaient entre-temps installés ailleurs sur le terrain, dans des coins qu’ils avaient choisis eux-mêmes, loin des enclos. Les forcer à revenir aurait été une bataille perdue d’avance et, franchement, difficile de leur donner tort.
Nous avons donc pris une autre décision : démonter les enclos, et utiliser ces matériaux pour clôturer les plantations à la place.
L’urgence du moment

C’est notre chantier prioritaire en ce moment, et le calendrier ne nous laisse pas beaucoup de marge. Le printemps arrive. Nos semis vont sortir de serre et rejoindre le champ. Et Jack, Brun, Léo et Lisa ont un appétit certain pour les jeunes pousses, sans parler des autres visiteurs que le printemps amène avec lui.
Une rangée de camomilles fraîchement repiquées, pour un bouc en liberté, c’est une invitation. Nous travaillons à faire en sorte que l’invitation soit déclinée.
Du côté de la cueillette

Pendant que les semis grandissaient et que les animaux réorganisaient leur vie, la cueillette suit son cours.
Nous avons commencé par l’églantier, avant les premiers gels, les cynorrhodons se récoltent à l’automne, et il faut être là au bon moment. Puis l’aubépine, qui est actuellement en cours de séchage. Et la glycine, dont nous avons récolté les fleurs au moment de leur pleine floraison.
Chaque cueillette a son tempo.
On ne choisit pas la date, c’est la plante qui l’indique, par son odeur, par l’état de ses fleurs ou de ses fruits, par ce qu’on ressent en la regardant. On s’adapte. C’est une des choses que cette activité apprend assez vite :
Ici, c’est rarement nous qui décidons.